Reflux, toux et asthme nocturne : dormir surélevé et sur le bon côté

Reflux, toux et asthme nocturne : dormir surélevé et sur le bon côté

Vous vous couchez, et la toux commence. Ou cette brûlure derrière le sternum, ce goût acide dans la gorge, cette impression d’étouffer qui vous réveille en sursaut. Debout, tout allait bien. Allongé, tout revient.

Ce n’est pas une coïncidence : en position horizontale, la gravité cesse de retenir le contenu de votre estomac. Et il y a deux façons très différentes d’y remédier, dont une que presque tout le monde applique de travers.

Reflux : pourquoi dormir sur le côté gauche empêche l'acide de remonter
Sur le côté gauche, la jonction avec l’œsophage se retrouve au-dessus du niveau de l’acide. Sur le côté droit, elle plonge dedans.

Pourquoi le côté gauche et pas le droit ?

La réponse tient à l’anatomie, et une fois qu’on l’a comprise, on ne l’oublie plus. Votre estomac n’est pas centré : il se trouve principalement à gauche, et l’œsophage y débouche par le haut, sur sa partie droite.

Couché sur le côté gauche, cette jonction se retrouve au-dessus du niveau du liquide gastrique : l’acide reste au fond, il ne peut pas remonter. Couché sur le côté droit, elle plonge sous le niveau du liquide, et l’acide n’a plus qu’à suivre la pente.

C’est aussi simple qu’un verre qu’on penche. Et cela explique pourquoi tant de gens décrivent des nuits nettement pires quand ils se retournent, sans jamais faire le lien.

Pourquoi empiler des oreillers ne sert à rien

C’est le réflexe universel : on a des remontées, on ajoute deux oreillers. Et cela échoue presque toujours, pour une raison mécanique.

Surélever la tête du lit plutôt que d'empiler des oreillers
Empiler des oreillers plie le corps à la taille et comprime l’abdomen : le reflux empire au lieu de s’améliorer.

Une pile d’oreillers ne surélève que votre tête et vos épaules. Votre corps se plie donc à la taille, ce qui comprime l’abdomen et augmente la pression sur l’estomac. Vous obtenez exactement l’inverse de l’effet recherché : plus de pression, donc plus de reflux, et une nuque en vrac par-dessus le marché.

Ce qu’il faut, c’est incliner le lit entier, de sorte que le corps reste droit et forme un plan incliné du bassin jusqu’à la tête. Concrètement, on glisse des cales sous les deux pieds du lit, côté tête, ou on utilise un plan incliné placé sous le matelas. Les sources médicales recommandent une élévation de l’ordre de quinze à vingt centimètres.

Surélevez le lit, pas la tête. C’est la nuance qui sépare une nuit calme d’une nuit à tousser.

Quel rapport avec la toux et l’asthme nocturnes ?

Il est direct, et largement sous-estimé. L’acide qui remonte dans l’œsophage peut atteindre le larynx et irriter les voies respiratoires. Cette irritation provoque une toux sèche et persistante, et peut déclencher un spasme bronchique.

Autrement dit, une toux nocturne inexpliquée, ou un asthme qui ne se manifeste que la nuit, a parfois pour origine un reflux dont vous ne ressentez même pas les brûlures. C’est ce qu’on appelle un reflux silencieux, et il se traite d’abord par la position.

Si vous toussez toutes les nuits sans être enrhumé, la question mérite d’être posée à votre médecin. Beaucoup de gens traitent leur toux pendant des mois sans jamais chercher du côté de leur estomac.

Que faire d’autre le soir ?

La position ne fait pas tout, et deux habitudes pèsent au moins autant.

La première est le délai entre le dîner et le coucher : il faut laisser à l’estomac le temps de se vider, ce qui prend au minimum trois heures. Se coucher juste après un repas revient à s’allonger avec l’estomac plein, et aucune inclinaison ne compensera cela. Nous détaillons ce point dans notre article sur le délai entre le dîner et le coucher.

La seconde est la composition du repas du soir. Les plats gras ralentissent la vidange gastrique et prolongent d’autant l’exposition, comme nous l’expliquons dans notre article sur les dîners gras. L’alcool, lui, relâche le sphincter qui ferme le haut de l’estomac, ce qui revient à laisser la porte ouverte.

Qu’est-ce qu’un reflux silencieux ?

C’est un reflux qui ne provoque aucune brûlure. L’acide remonte, mais vous ne le sentez pas : il se manifeste uniquement par ses conséquences en haut, dans la gorge et les voies respiratoires.

Les signes sont trompeurs, précisément parce qu’ils ne ressemblent pas à un problème digestif : une toux sèche qui traîne, un enrouement matinal, l’impression d’avoir une boule dans la gorge, un raclement permanent, parfois un asthme qui résiste au traitement.

Beaucoup de gens consultent pendant des mois pour une toux chronique sans que personne ne pense à l’estomac. Si vous toussez toutes les nuits sans être malade, mentionnez le reflux à votre médecin : c’est une piste à écarter avant les autres.

Un mot sur l’apnée du sommeil

Reflux et apnée du sommeil font mauvais ménage, et ils s’entretiennent mutuellement. Les efforts respiratoires contre des voies fermées créent une dépression dans le thorax, qui aspire littéralement le contenu de l’estomac vers le haut.

Si vous cumulez des remontées nocturnes, des ronflements et une fatigue au réveil, les deux problèmes sont probablement liés. Notre article sur la position à adopter en cas d’apnée du sommeil détaille ce point, et la bonne nouvelle est que la position sur le côté sert les deux causes à la fois.

Quand faut-il consulter ?

Un reflux occasionnel est banal. Un reflux qui revient plusieurs fois par semaine, qui vous réveille la nuit, ou qui dure depuis des mois, doit être évalué par un médecin : il expose l’œsophage à une irritation chronique.

Consultez sans attendre en cas de difficulté à avaler, de perte de poids inexpliquée, de vomissements de sang, ou de douleur thoracique, cette dernière pouvant relever d’une tout autre urgence. Une toux ou un asthme nocturne qui ne cède pas justifient également un avis.

Le reflux impose le côté gauche, quand d’autres problèmes imposent exactement l’inverse. Notre article sur quelle est la meilleure position pour dormir rassemble tous les cas.

Ce qu’il faut retenir

Dormez sur le côté gauche, jamais sur le droit. Surélevez la tête du lit de quinze à vingt centimètres en calant les pieds, et non en empilant des oreillers, qui aggravent le problème. Dînez léger, au moins trois heures avant de vous coucher.

Et si vous toussez la nuit sans raison apparente, pensez au reflux avant de penser aux bronches.

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