Vous êtes allongé, prêt à dormir, et ça commence : un fourmillement profond dans les mollets, une sensation de courant électrique dans les cuisses, un besoin irrésistible de bouger les jambes. Vous les secouez, vous les pliez, vous vous levez — et ça passe. Jusqu’à ce que vous vous rallongiez.
Ce n’est ni du stress, ni de la nervosité, ni « dans votre tête ». C’est le syndrome des jambes sans repos (SJSR), aussi appelé maladie de Willis-Ekbom. Il touche 5 à 10 % de la population adulte et c’est l’un des troubles du sommeil les plus sous-diagnostiqués.
Comment le reconnaître
Le diagnostic repose sur quatre critères qui doivent être tous présents :
Les 4 critères diagnostiques du SJSR
| N° | Critère | Ce que ça veut dire concrètement |
|---|---|---|
| 1 | Besoin impérieux de bouger les jambes | Pas une envie vague — une compulsion impossible à ignorer |
| 2 | Déclenché ou aggravé par le repos | Survient quand vous êtes assis ou allongé, jamais en marchant |
| 3 | Soulagé par le mouvement | Marcher, s’étirer, secouer les jambes fait disparaître le symptôme |
| 4 | Pire le soir ou la nuit | Les symptômes suivent un rythme circadien, pic entre 22h et 2h |
Les sensations typiques (et atypiques)
Les patients décrivent des sensations très variées, ce qui complique le diagnostic. En plus des classiques fourmillements et picotements, on retrouve :
- Sensation de « vers qui rampent sous la peau »
- Impression de brûlure profonde
- Sensation d’eau qui coule dans les jambes
- Tiraillements impossibles à localiser précisément
- Douleur sourde qui n’est soulagée que par le mouvement
Dans 20 à 30 % des cas, les bras sont également touchés. Certains patients ressentent aussi les symptômes pendant la journée, lors de longues périodes assises (avion, cinéma, réunion).
Ce qui se passe en coulisses : la piste du fer et de la dopamine
Le SJSR est lié à un dysfonctionnement du système dopaminergique dans le cerveau, lui-même souvent aggravé par un déficit en fer. Le fer est essentiel à la production de dopamine, et quand les réserves sont basses (même sans anémie visible), le circuit de régulation du mouvement au repos se dérègle.
C’est pourquoi le SJSR est particulièrement fréquent chez les femmes enceintes (le fœtus puise dans les réserves de fer), les personnes souffrant d’insuffisance rénale, et celles ayant des règles abondantes. Le lien avec la sciatique et les douleurs irradiantes est parfois source de confusion, mais les deux pathologies sont bien distinctes.
Les solutions qui fonctionnent
Mesures non médicamenteuses (à essayer en premier)
- Fer : faites doser votre ferritine (pas seulement l’hémoglobine). Un taux inférieur à 75 µg/L justifie une supplémentation
- Bain chaud ou froid le soir — l’alternance fonctionne bien aussi
- Massage des mollets pendant 10 minutes avant le coucher
- Étirements doux du bas du corps (mollets, ischio-jambiers, quadriceps)
- Éviter caféine, alcool, nicotine et antihistaminiques le soir (tous aggravent le SJSR)
- Activité physique modérée en journée (mais pas en soirée)
Traitements médicamenteux (sur prescription)
- Agonistes dopaminergiques (pramipexole, ropinirole) — efficaces mais risque d’augmentation à long terme
- Gabapentinoïdes (gabapentine, prégabaline) — de plus en plus préférés en première intention
- Supplémentation en fer IV si la ferritine est très basse et l’oral ne suffit pas
Quand consulter
Si les symptômes surviennent plus de deux fois par semaine et perturbent significativement votre sommeil ou votre qualité de vie, consultez un médecin. Le SJSR est un vrai trouble neurologique avec des traitements efficaces — pas un caprice ou une mauvaise habitude. Un examen clinique, un dosage de ferritine et éventuellement une polysomnographie suffisent à poser le diagnostic et orienter le traitement.
Trop de patients souffrent pendant des années en pensant que « c’est normal » ou que « tout le monde a ça ». Non, tout le monde n’a pas ça. Et oui, ça se soigne.

